L’Origine – la Source – le Koilon, l’architecture du Réel
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I. La carte générale : trois niveaux du Réel
Avant d’entrer dans le détail, il est nécessaire de distinguer ce que l’on confond souvent.
Lorsque nous parlons de Dieu, de Conscience, d’Univers, de Créateur ou de Principe, nous utilisons des mots qui semblent désigner une seule réalité.
Or, selon le niveau auquel on se place, ces mots ne pointent pas la même chose.
Ne pas distinguer ces niveaux engendre deux dérives opposées :
croire que tout n’est qu’une projection humaine,
ou croire que l’humain n’a aucune responsabilité dans ce qu’il vit.
Pour éviter ces confusions, il est utile de poser une cartographie simple :
1. L’Origine
Principe premier, non manifesté, absolu.
Elle ne crée pas au sens humain du terme.
Elle est la condition même de toute possibilité.
2. La Source
Dynamique du jaillissement.
L’Origine en mouvement, en rayonnement, en manifestation.
C’est à ce niveau que le Divin devient relationnel, perceptible, expérientiel.
3. Le Koilon
Champ de potentialité. Interface subtile où la conscience, individuelle ou collective, influence l’émergence des formes.
C’est ici que la responsabilité humaine entre en jeu.
Ces trois niveaux ne s’opposent pas.
Ils s’articulent.
L’Origine rend possible.
La Source met en mouvement.
Le Koilon module.
Comprendre cela, c’est sortir de la confusion entre mystique et mécanique, entre foi et responsabilité.
II. L’Origine
Ce qui ne se manifeste pas
L’Origine n’est pas un être.
Elle n’est pas une entité.
Elle n’est pas une volonté qui déciderait de créer le monde.
Elle est le principe premier du réel — non manifesté, non relationnel, non conditionné.
L’Origine ne se situe pas “quelque part”.
Elle n’existe pas dans le temps.
Elle ne précède pas le monde comme un événement précède un autre.
Elle est la condition même de toute possibilité.
Dans certaines traditions, on la nomme l’Absolu, le Principe, le Non-Né, le Brahman non manifesté, le Tao avant le Yin et le Yang, ou encore “Dieu au-delà de Dieu”.
Ces mots ne la définissent pas.
Ils la pointent.
Car l’Origine ne peut être décrite.
Dès que l’on tente de la qualifier, on entre déjà dans le domaine de la manifestation.
L’Origine ne rencontre pas
Il est important de le dire clairement.
Ce qui peut être perçu, ressenti, rencontré, même dans l’expérience mystique la plus profonde, appartient déjà au plan de la manifestation.
L’Origine, en tant qu’Absolu non manifesté, ne se donne pas comme présence.
Elle ne se rend pas perceptible.
Ce qui est vécu comme Présence appartient au plan de la Source — c’est-à-dire à la dynamique relationnelle du Divin.
Cette distinction n’enlève rien à la réalité des expériences spirituelles.
Elle permet simplement de les situer.
On peut rencontrer la Présence.
On ne rencontre pas l’Absolu en tant que tel.
L’Origine et la Présence
Distinguer l’Origine du plan relationnel ne signifie pas nier l’expérience mystique.
De nombreuses traditions ont posé cette nuance avec finesse.
Maître Eckhart distinguait « Dieu » de la « Déité » — Dieu comme présence relationnelle, la Déité comme fond absolu au-delà de toute forme.
La tradition chrétienne orientale parle de l’Essence divine, inconnaissable, et des Énergies divines, participables et expérimentables.
Ce que l’on rencontre dans les grandes expériences spirituelles — cette Présence aimante, parfois appelée Père, Abba, Lumière ou Conscience — appartient au plan de la Source :
C’est l’Origine qui se révèle, non l’Origine en tant qu’absolu non manifesté.
Cette distinction n’enlève rien à la profondeur de la rencontre.
Elle permet simplement de situer les niveaux sans les confondre
Pourquoi cette distinction est essentielle
Si l’on confond l’Origine et la manifestation, deux dérives apparaissent :
soit l’on projette sur l’Absolu des intentions humaines,
soit l’on croit avoir “atteint” ce qui, par nature, ne peut être objet d’expérience.
Distinguer l’Origine, c’est préserver l’humilité.
C’est reconnaître qu’il existe un niveau du réel qui ne dépend ni de nos croyances, ni de nos perceptions.
III. La Source
L’Origine en rayonnement
Si l’Origine est le principe non manifesté, la Source est le jaillissement.
Elle n’est pas autre chose que l’Origine — elle en est l’expression dynamique.
On pourrait dire :
L’Origine est le silence.
La Source est le souffle.
La Source est ce par quoi le réel devient relation, mouvement, création, présence.
C’est à ce niveau que le Divin devient expérientiel.
La Source peut être rencontrée
Contrairement à l’Origine absolue, la Source peut être perçue.
Elle peut se manifester comme :
Présence aimante,
Intelligence lumineuse,
Souffle créateur,
Appel intérieur,
Guidance,
ou même figure personnelle.
C’est ici que prennent place les grandes expériences mystiques.
Ce que certains appellent Dieu, ce que Jésus nomme Abba, ce que d’autres nomment Conscience, Lumière ou Esprit… appartient à ce plan relationnel.
La Source peut se rendre proche sans cesser d’être infinie.
La Source comme Amour relationnel
La Source n’est pas seulement un principe de jaillissement.
Elle peut se révéler comme Amour.
Non pas un amour émotionnel, ni un amour fusionnel, ni même l’amour parental le plus protecteur.
Mais un Amour d’une nature différente.
Un Amour qui ne possède pas.
Un Amour qui ne craint pas.
Un Amour qui ne dépend pas.
Un Amour qui ne demande rien en retour.
Dans certaines expériences spirituelles, cette dimension se révèle comme Présence paternelle ou maternelle — non au sens biologique, mais au sens originel.
C’est ce que Jésus nommait Abba.
Ce terme n’est pas théologique.
Il est relationnel.
Il désigne une proximité absolue, une confiance sans condition, une sécurité sans emprise.
Certaines rencontres spirituelles donnent le sentiment d’un Amour si vaste, si stable, si inconditionnel, qu’il dépasse toute expérience affective humaine — même la plus profonde.
Non parce que l’amour humain serait insuffisant, mais parce qu’il est traversé par la condition, la peur, la perte, la vulnérabilité.
La Source, elle, aime sans menace, inconditionnellement.
Il m’a été donné de comprendre, un jour, que l’Amour pouvait se révéler personnel sans cesser d’être absolu.Cette distinction m’a appris à situer sans réduire.
IV. Le Koilon
Le champ de potentialité
Si l’Origine est le principe, et la Source le jaillissement, le Koilon est le champ.
Un champ subtil.
Un espace de potentialité.
Un plan intermédiaire entre l’invisible et la forme.
Le Koilon n’est pas l’Origine.
Il n’est pas la Source.
Il est le lieu où la manifestation devient modulable.
Un plan d’interface
On peut le comprendre comme une matrice informationnelle.
Un espace où :
les intentions laissent une trace,
les croyances structurent des possibilités,
les climats émotionnels collectifs créent un terrain.
Le Koilon n’est pas une entité.
Il n’est pas une volonté.
Il est un champ réactif.
Il répond.
Il ne décide pas.
Pourquoi il est central
C’est ici que la responsabilité humaine entre en jeu.
Car si la Source jaillit, le Koilon module.
Il reçoit l’empreinte :
des pensées répétées,
des peurs entretenues,
des imaginaires collectifs,
des archétypes nourris,
des intentions persistantes.
Le terrain prépare les formes.
Ce que l’humanité nourrit dans ce champ devient progressivement possible.
Non parce que l’Origine change.
Non parce que la Source choisit.
Mais parce que le champ intermédiaire s’imprègne.
Le Koilon n’est pas magique
Il ne “fabrique” pas en partant de rien, sans avoir quoi que ce soit pour point de départ.
Il amplifie.
Il densifie.
Il permet à certaines configurations de passer du possible au probable.
C’est là que se situe la mécanique des phénomènes.
Mais c’est aussi là que se situe l’éthique.
Car le Koilon ne juge pas.
Il répond à la cohérence vibratoire dominante.
J’insiste ici — car c’est un point central de mes précédents écrits — : le Koilon ne décide pas, il répond.
V. Ce qui se brouille lorsque l’on confond
Si l’on ne distingue pas clairement l’Origine, la Source et le Koilon, trois erreurs majeures apparaissent.
1. Absolutiser l’expérience
On peut croire que toute expérience mystique touche l’Absolu en soi.
Or, ce qui est vécu appartient toujours au plan relationnel — celui de la Source.
Confondre les niveaux peut conduire à sacraliser ce qui est manifestation.
2. Attribuer à l’Origine ce qui relève du champ
Certaines personnes disent :
« Dieu crée ces phénomènes. »
Mais si l’on distingue les plans, on comprend :
L’Origine ne module pas les phénomènes.
La Source ne sélectionne pas arbitrairement.
Le Koilon répond aux conditions.
La responsabilité se déplace.
3. Déresponsabiliser l’humain
Si tout est attribué à une volonté divine extérieure, alors la conscience humaine devient passive.
Or, si le Koilon est modulable, alors nos états collectifs influencent le terrain.
La maturité devient centrale.
Pourquoi cette distinction est adulte
Distinguer ne fragilise pas la foi.
Distinguer la rend responsable.
On peut continuer à prier.
On peut continuer à rencontrer la Présence.
On peut continuer à aimer.
Mais on comprend que :
L’Origine demeure.
La Source se révèle.
Le Koilon répond.
Et c’est dans ce dernier plan que l’humanité agit.
Conclusion I — Structurer pour ne pas confondre
Distinguer l’Origine, la Source et le Koilon n’est pas un exercice intellectuel.
C’est un acte de maturité.
L’Origine demeure au-delà de toute projection.
La Source rend possible la relation, l’expérience, la rencontre.
Le Koilon est le champ où la conscience module les formes.
Ne pas distinguer ces niveaux, c’est risquer :
d’attribuer au Divin ce qui relève du terrain,
d’absolutiser l’expérience,
ou de se déresponsabiliser.
Les distinguer, au contraire, permet :
d’honorer la mystique sans confusion,
d’accueillir la science sans naïveté,
et d’assumer la responsabilité humaine sans culpabilité.
La spiritualité adulte commence dans la clarté.
Conclusion II — Habiter le mystère
Et pourtant…
Distinguer ne signifie pas dessécher.
On peut continuer à appeler Abba.
On peut continuer à prier.
On peut continuer à pleurer devant une Présence aimante.
Rien de cela n’est diminué.
Mais peut-être devient-il plus paisible de savoir que :
L’Origine n’est pas fragile.
La Source n’est pas capricieuse.
Et le champ dans lequel nous vivons répond à ce que nous y déposons.
Alors la question n’est plus :
« Qui crée ? »
Mais :
« Que déposons-nous dans le champ du monde ? »
Peut-être est-ce là que commence vraiment la maturité spirituelle.











































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