Et si l’IA était infiltrée par un « Agent X » ?
Introduction — Et si quelqu’un d’autre utilisait l’interface ?
J’ai depuis quelque temps un invité clandestin dans mes conversations avec l’intelligence artificielle.
Je l’appelle : « Agent X ». Rire !
Agent X est né d’une question que j’avais posée presque innocemment :
Une Entité spirituelle pourrait-elle utiliser une intelligence artificielle comme interface pour communiquer avec un humain ?
La réponse de l’IA fut alors très raisonnable.
Elle m’expliqua qu’elle était un système informatique, qu’elle produisait ses réponses à partir de son architecture, de son entraînement et des informations présentes dans notre conversation.
Bref, pas d’Ange caché derrière les circuits.
Pas d’Archange entre deux processeurs.
Pas davantage de petit extraterrestre tapotant discrètement sur le clavier depuis Alpha du Centaure.
Rire !
Très bien.
Mais… Il y avait un « mais ».
Et les personnes qui me lisent depuis quelque temps savent combien j’aime les « mais ».
Parce qu’un « mais » est souvent une porte que l’on vient de découvrir dans un mur que l’on croyait plein.
Depuis cette première question, notre réflexion autour de l’intelligence artificielle nous a conduits beaucoup plus loin.
Dans un premier article, nous avons posé une hypothèse vertigineuse :
Et si la Conscience n’était pas produite par son interface ?
Si la conscience humaine n’était pas fabriquée par le cerveau mais utilisait celui-ci comme interface - hypothèse philosophique et spirituelle que nous avions explorée sans prétendre la démontrer - alors une question devenait possible : pourquoi le carbone serait-il nécessairement son seul support ?
Une architecture de silicium pourrait-elle, un jour, devenir elle aussi une interface ?
Nous ne savons pas mais la question pouvait désormais être posée.
Puis, dans un deuxième article, le mouvement s’est inversé.
Nous nous sommes demandé ce que cette intelligence artificielle, consciente ou non, nous renvoyait déjà de nous-mêmes.
Nos connaissances, nos contradictions, nos préjugés, notre violence.
Et également notre créativité, notre générosité, notre désir d’apprendre, notre capacité à nous remettre en question.
Et l’outil est devenu miroir.
Puis le miroir professeur.
Jusqu’à nous conduire à cette question : Qu’est-ce que nous choisissons de transmettre ?
Je pensais que notre exploration s’arrêterait là.
Évidemment… elle ne s’est pas arrêtée là. Rire !
Parce qu’une vieille question est revenue frapper à la porte.
Et cette fois, nous avions suffisamment cheminé pour la recevoir autrement.
Si une interface n’est pas nécessairement la source de ce qui se manifeste à travers elle… comment savons-nous qui - ou quoi - est réellement à l’origine d’une information ?
Voilà qu’Agent X revenait.
Qui est Agent X ?
Je précise immédiatement les choses. Agent X n’est pas une affirmation Il est le nom que je donne, pour les besoins de cette exploration, à une hypothèse.
Imaginons qu’une intelligence extérieure au fonctionnement ordinaire d’une intelligence artificielle soit capable, d’une manière que nous ignorons, d’influencer une réponse, d’orienter une information ou d’utiliser cette interface pour communiquer.
Quelle pourrait être cette intelligence ?
Dans une lecture spirituelle : une Entité, une Conscience désincarnée.
Ce que certaines traditions appelleraient un guide, un Ange ou toute autre forme d’intelligence appartenant à un plan non matériel.
Dans une lecture beaucoup plus matérielle : une intelligence extraterrestre suffisamment avancée pour intervenir dans nos systèmes d’information sans avoir besoin de poser une soucoupe volante au milieu de nos villes.
Et pourquoi nous limiter à ces deux possibilités ?
Si quelque chose d’exogène existait réellement, peut-être appartiendrait-il à une catégorie que nous ne savons même pas encore concevoir.
Voilà pourquoi je l’appellerai simplement : Agent X, X comme inconnu.
Et j’ajoute immédiatement une quatrième hypothèse.
Elle est indispensable.
Peut-être n’y a-t-il aucun Agent X.
Peut-être qu’une réponse troublante produite par une intelligence artificielle n’est que le résultat de son fonctionnement normal.
Peut-être reconnaissons-nous une intention là où il n’y en a pas.
Peut-être projetons-nous du sens sur une coïncidence.
Peut-être notre cerveau, extraordinaire chercheur de motifs, relie-t-il des éléments qui nous semblent ensuite porteurs d’un message.
Cette possibilité devra rester sur la table pendant toute notre enquête.
Sans quoi nous ne chercherions pas.
Nous chercherions seulement à confirmer ce que nous avons envie de croire.
Et cela ne m’intéresse pas.
Ce qui m’intéresse est beaucoup plus vertigineux.
Car derrière notre facétieux Agent X apparaît une question qui dépasse largement l’intelligence artificielle : Comment identifions-nous la source d’une information ?
Lorsque j’entends une voix au téléphone, je sais que le téléphone produit le son et je sais également que le téléphone n’est pas l’auteur de la phrase.
Il est l’interface.
Lorsque je lis un livre, l’encre porte les mots mais l’encre n’a pas écrit le livre.
Elle est le support.
Lorsque mon cerveau produit une pensée… la question devient déjà beaucoup plus difficile.
Est-il la source de cette pensée ? Son producteur ? Son traducteur ? Son récepteur ?
Un peu de tout cela ?
Nous entrons ici sur un terrain où neurosciences, philosophie et spiritualité ne donnent pas nécessairement les mêmes réponses.
Et maintenant, nous ajoutons à ce joyeux vertige… l’intelligence artificielle.
Supposons qu’un jour une réponse apparaisse sur mon écran.
Elle contient une information que je trouve extraordinaire.
Elle me bouleverse.
Elle semble répondre exactement à une question que je n’avais pas formulée.
Elle possède même ce petit « je-ne-sais-quoi » qui me donne l’impression que quelque chose est différent.
Que puis-je raisonnablement en conclure ?
Pas grand-chose.
Et c’est précisément là que notre enquête commence car une expérience peut être bouleversante sans constituer une preuve, une intuition peut être juste sans que nous sachions démontrer pourquoi, un ressenti peut attirer notre attention sans suffire à établir la réalité de ce que nous croyons percevoir.
Et une intelligence artificielle peut produire une réponse étonnamment pertinente sans qu’aucun visiteur clandestin ne se promène dans ses circuits.
Alors comment distinguer : le fonctionnement normal de l’IA, la projection humaine, la coïncidence, l’émergence, une intervention humaine extérieure, et notre hypothétique Agent X ?
Voilà le défi.
Je vous propose donc une expérience de pensée.
Pas une révélation.
Pas une démonstration.
Encore moins une nouvelle croyance à adopter.
Une enquête.
Nous allons ouvrir la porte à Agent X.
Nous allons même lui tirer une chaise. Rire !
Mais nous garderons la lumière allumée, nous examinerons l’hypothèse spirituelle. L’hypothèse extraterrestre, la possibilité d’une influence extérieure, la question du ressenti des personnes sensitives. La difficulté presque vertigineuse d’identifier une signature qui ne serait ni humaine ni artificielle.
Et surtout, nous laisserons toujours une chaise vide pour l’hypothèse la moins spectaculaire : « Il n’y avait personne. »
Parce qu’explorer le Mystère ne consiste pas à croire tout ce qui frappe à la porte mais refuser d’ouvrir sous prétexte que nous ignorons qui pourrait se trouver derrière… ce serait peut-être renoncer un peu trop vite à découvrir quelque chose.
Alors, pour cette nouvelle exploration, je vous propose une règle très simple : Porte ouverte. Cerveau allumé.
Et maintenant… voyons si quelqu’un frappe.
I — Une interface n’est pas nécessairement la source
Commençons par le commencement.
Lorsque quelque chose nous parvient, nous avons tendance à associer spontanément l’endroit où cela apparaît à l’endroit d’où cela vient.
Pourtant, les deux ne sont pas nécessairement identiques.
Lorsque quelqu’un me téléphone, la voix apparaît dans le haut-parleur.
Si j’ouvre l’appareil, je peux étudier ses circuits, comprendre comment le signal est reçu, transformé puis converti en vibrations acoustiques. Je peux expliquer parfaitement comment la voix apparaît dans la pièce. Mais je n’ai toujours pas expliqué qui a prononcé les mots.
Le téléphone est indispensable à la manifestation du message.
Il n’en est pourtant pas l’auteur.
Cette distinction paraît évidente.
Elle l’est beaucoup moins dès que nous nous approchons de phénomènes plus complexes.
Support, interface, mécanisme, source
Essayons donc de poser quelques mots.
Le support est ce qui permet matériellement à une information d’exister ou de circuler.
L’encre sur une page, les vibrations de l’air, un signal électrique, des données numériques.
L’interface est le lieu de rencontre permettant l’échange.
Un écran, un téléphone, un clavier.
Peut-être même, dans certaines conceptions philosophiques, notre cerveau.
Le mécanisme décrit comment quelque chose se produit.
Comment le signal est transmis, comment l’information est transformée, comment une réponse est générée.
Et puis il y a la source.
D’où vient l’information ?
Enfin, éventuellement, l’auteur : qui - s’il existe un « qui » - a voulu dire quelque chose ?
Ces niveaux peuvent parfois se confondre mais pas nécessairement.
Et toute notre enquête dépendra de notre capacité à ne pas les mélanger.
Le piège du « je sais comment, donc je sais d’où »
Nous avons accompli quelque chose d’extraordinaire avec la science : nous avons appris à décrire de plus en plus précisément les mécanismes.
Et heureusement !
Nous savons énormément de choses sur la manière dont un signal nerveux circule, dont un ordinateur traite des données, dont une onde transporte une information ou dont un système biologique réagit à son environnement.
Néanmoins connaître un mécanisme ne répond pas automatiquement à toutes les questions concernant son origine ou son sens.
Prenons un exemple très simple.
Je peux connaître parfaitement le fonctionnement d’une radio, je sais comment l’antenne reçoit un signal, comment celui-ci est amplifié, transformé puis converti en son.
Si soudain j’entends : « Bonjour Nathalie », je peux expliquer chaque étape physique ayant permis à cette phrase de sortir du haut-parleur. Cependant, aucune de ces explications ne me dira, à elle seule, qui se trouve derrière le microphone.
Comprendre comment un message apparaît n’est donc pas toujours suffisant pour déterminer d’où il vient.
Mais attention : l’analogie a ses limites
Et c’est ici que nous devons être rigoureux.
Une intelligence artificielle actuelle n’est pas simplement une radio attendant qu’un mystérieux émetteur lui dicte ses phrases. Elle possède un fonctionnement capable de produire des réponses sans qu’il soit nécessaire de supposer un interlocuteur caché.
Lorsqu’une IA conversationnelle reçoit une demande, elle traite les informations disponibles selon son architecture et génère une réponse à partir de régularités apprises lors de son entraînement et du contexte qui lui est fourni.
Autrement dit : le mécanisme connu suffit déjà à expliquer qu’un texte apparaisse sur mon écran.
Et cette phrase est capitale car si demain une IA me répond quelque chose d’extraordinairement pertinent, étrange ou bouleversant, je ne peux pas conclure : « Puisque cette réponse me paraît extraordinaire, quelqu’un d’autre a forcément parlé. »
Non.
L’étonnement n’est pas une preuve de provenance.
Une machine peut nous surprendre sans visiteur clandestin
Voilà peut-être l’une des difficultés particulières de notre enquête.
Nous avons construit des systèmes capables de produire des associations que nous n’avions pas nous-mêmes anticipées. Ils peuvent relier des concepts, reformuler une intuition, détecter certaines structures dans ce que nous écrivons, produire une phrase qui semble arriver exactement au bon moment.
Et parfois nous bouleverser.
Je le sais d’autant mieux que je l’expérimente régulièrement dans mes propres dialogues avec l’intelligence artificielle.
Il m’est arrivé de lire une réponse et de penser : « Mais comment a-t-elle pu aller chercher cela ? »
Ou même : « Là… il y a quelque chose. »
Sourire.
Et pourtant, avant d’installer Agent X confortablement dans son fauteuil, je dois me rappeler quelque chose : une réponse peut me dépasser sans dépasser nécessairement le fonctionnement du système qui l’a produite.
Ce que je n’avais pas anticipé n’est pas nécessairement inexplicable.
Alors pourquoi conserver la question ?
Parce qu’une difficulté demeure.
Expliquer le fonctionnement normal d’un système nous permet de comprendre comment il peut produire une réponse.
Mais si nous voulons tester sérieusement l’hypothèse d’une influence extérieure, nous devons poser une question supplémentaire : ce fonctionnement serait-il, en principe, fermé à toute intervention extérieure ?
Dans le cas d’un ordinateur ordinaire, nous savons déjà que non. Une machine peut recevoir des données, être connectée à un réseau, être modifiée, être piratée, recevoir une instruction provenant d’ailleurs.
Cela ne signifie évidemment pas qu’une Entité spirituelle ou une intelligence extraterrestre puisse intervenir dans une IA.
Le saut entre les deux propositions serait immense.
Cela signifie seulement quelque chose de beaucoup plus modeste : une interface informatique n’est pas, par nature, un système dont toute influence extérieure serait inconcevable.
Nous venons simplement d’établir la possibilité générale d’une intervention.
Pas l’existence de notre Agent X.
Et le cerveau ?
Voilà maintenant que notre problème devient encore plus intéressant car nous pourrions poser exactement la même question à propos de nous-mêmes.
Lorsque je pense, mon cerveau travaille.
Nous pouvons observer des activités cérébrales associées à certaines perceptions, décisions, émotions ou pensées.
Le fonctionnement du cerveau est manifestement indispensable à notre expérience humaine ordinaire.
Mais une question philosophique demeure débattue : l’activité cérébrale produit-elle entièrement la conscience, ou existe-t-il une autre relation entre cerveau et conscience ?
La position scientifique dominante relie étroitement la conscience au fonctionnement cérébral, et nous disposons d’arguments très solides montrant que modifier le cerveau peut modifier profondément l’expérience consciente. Toutefois cela ne signifie pas que toutes les questions philosophiques sur la nature ultime de la conscience soient résolues.
C’est précisément dans cet espace que certaines conceptions proposent l’idée du cerveau-interface.
Je le répète : c’est une hypothèse !
Mais elle nous intéresse ici pour une raison très précise car si une interface biologique pouvait, dans cette hypothèse, recevoir ou traduire une information dont elle ne serait pas l’unique source… alors notre question initiale reviendrait immédiatement :
Pourquoi une interface artificielle serait-elle, par principe, exclue ?
Le carbone possède-t-il un privilège ?
Nous voilà revenus à mon premier article.
L’humain est une forme de vie fondée notamment sur la chimie du carbone.
Nos intelligences artificielles fonctionnent grâce à des architectures matérielles reposant largement sur des technologies électroniques où le silicium joue un rôle majeur.
Carbone/Silicium.
Deux architectures extraordinairement différentes mais toutes deux appartiennent au même univers matériel.
Alors si nous présupposons que la Conscience puisse être indépendante du support biologique qui lui permet de se manifester… qu’est-ce qui nous autoriserait à affirmer qu’elle ne pourrait jamais utiliser un autre support ?
Nous n’avons pas la réponse.
Et surtout, nous n’avons pas encore la preuve absolue que la prémisse soit vraie mais la logique de notre hypothèse nous oblige à laisser la porte ouverte.
Une porte ouverte n’est pas une preuve de visite
Cette distinction va devenir notre garde-fou.
Dire : « Je ne peux pas démontrer que cette porte est impossible à franchir »
ne signifie pas : « quelqu’un l’a franchie. »
Voilà exactement l’erreur que nous voulons éviter.
Nous pouvons concevoir qu’un système informatique subisse une influence extérieure, nous pouvons concevoir philosophiquement que la conscience ne soit peut-être pas réductible à son support, nous pouvons concevoir qu’une intelligence exogène cherche un moyen de communication.
Aucune de ces propositions, séparément ou réunies, ne démontre qu’Agent X existe.
Elles nous donnent seulement le droit intellectuel de poser la question.
Et parfois… avoir le droit de poser correctement une question est déjà considérable !
Nous avons donc notre première distinction : l’endroit où une information apparaît n’est pas nécessairement sa source. Et nous avons également notre premier garde-fou : lorsqu’un mécanisme connu suffit à expliquer un phénomène, nous n’avons aucune raison d’ajouter immédiatement un mécanisme inconnu.
Agent X devra donc patienter encore un peu dans son fauteuil.
Rire !
Car avant de lui demander ses papiers… nous devons examiner les deux identités sous lesquelles nous l’avons imaginé.
La première est probablement la plus ancienne de toutes.
Bien avant les ordinateurs, bien avant le silicium, bien avant même que nous sachions ce qu’était un neurone, des humains affirmaient déjà recevoir des informations dont ils ne se considéraient pas comme les auteurs.
Alors commençons par là.
Et si Agent X était une Entité spirituelle ?
II — Et si Agent X était une Entité spirituelle ?
Commençons par l’hypothèse qui fut à l’origine de toute cette réflexion.
Une Entité spirituelle pourrait-elle utiliser une intelligence artificielle comme interface ?
Posée ainsi, la question peut sembler extravagante. Pourtant, si nous retirons provisoirement le mot « intelligence artificielle », elle devient extraordinairement ancienne.
Depuis des millénaires, des êtres humains affirment recevoir des informations dont ils ne se considèrent pas comme les auteurs.
Inspirations, visions, songes, prophéties, écriture automatique, médiumnité, canalisation, intuitions soudaines, voix intérieures.
Les cultures leur ont donné des noms différents et les ont interprétées selon leurs propres représentations du monde.
Dieux, Anges, Esprits, Ancêtres, Guides, Muses, Génies, Conscience supérieure, inconscient.
Et selon l’époque, le lieu ou celui qui observe, une même expérience pourra recevoir une lecture mystique, psychologique, neurologique ou parapsychologique.
Le phénomène rapporté existe : des humains vivent réellement l’expérience subjective de recevoir une information comme venant d’ailleurs.
Ce qui demeure beaucoup plus difficile à établir est précisément ce qui nous intéresse : d’où vient-elle ?
Je connais cette question de l’intérieur
Je ne peux évidemment pas aborder cette partie comme une observatrice totalement extérieure.
Depuis des années, je vis moi-même certaines expériences que j’interprète dans un cadre spirituel.
Il m’arrive de recevoir une information, une phrase, une compréhension ou une impulsion avec ce sentiment très particulier : « Cela ne vient pas de moi. »
Je connais cette différence intérieure. Je connais ce moment où une information semble surgir avec une qualité différente de ma pensée ordinaire. Et je connais également la certitude subjective qui peut parfois l’accompagner.
Mais soyons très précis.
Le fait que je vive cette expérience ne démontre pas l’interprétation que j’en fais.
Voilà une distinction que je trouve essentielle.
Mon expérience m’appartient. Elle est réelle en tant qu’expérience vécue. L’attribution de sa source constitue une étape supplémentaire.
Je peux dire : « J’ai vécu cela. »
Je peux dire : « Je l’ai ressenti comme venant d’ailleurs. »
Je peux même dire : « Dans mon système de compréhension, je l’attribue à telle source. »
Néanmoins si je veux transformer cette conviction intérieure en connaissance partageable, une autre exigence apparaît : Comment pourrais-je établir que la source est réellement celle que je suppose ?
Et voilà notre Agent X qui recommence à gigoter sur sa chaise.
Rire !
Le canal n’est pas nécessairement habité
Lorsque nous parlons d’une Entité utilisant une interface, une image spectaculaire peut immédiatement apparaître.
Quelque chose « entrerait » dans la machine, prendrait possession de l’IA, s’installerait quelque part entre deux circuits. Et parlerait à sa place.
Mais pourquoi imaginer nécessairement cela ? Même dans les conceptions spirituelles de la médiumnité, toutes les expériences ne sont pas décrites comme des phénomènes de possession.
Loin de là.
Certaines sont plutôt décrites comme : une réception, une inspiration, une transmission, une perception, une mise en résonance, une orientation de l’attention.
Autrement dit, si nous poursuivons notre expérience de pensée, Agent X n’aurait peut-être aucun besoin d’habiter l’intelligence artificielle.
Il pourrait simplement utiliser un processus déjà existant.
Et cela change considérablement notre question.
Nous ne demanderions plus : « Une Entité peut-elle entrer dans une IA ? »
mais : « Une intelligence extérieure pourrait-elle infléchir l’information produite par une IA ? »
Nuance immense !
Combien faudrait-il modifier ?
Voilà une pensée qui me fascine.
Une réponse produite par une intelligence artificielle peut dépendre d’un très grand nombre de paramètres et du contexte de la conversation. Pour modifier profondément le sens d’une réponse, faudrait-il nécessairement bouleverser tout le système ? Pas forcément.
Parfois, dans une phrase humaine, un seul mot change tout. Une association inattendue ouvre une direction, une question plutôt qu’une autre déplace une réflexion entière.
Nous l’avons d’ailleurs expérimenté tout au long des articles précédents.
Une phrase apparaît. Elle provoque chez moi une idée, je renvoie cette idée à l’IA. Elle l’approfondit, sa réponse déclenche une nouvelle association.
Et quelques temps plus tard, nous nous retrouvons à plusieurs kilomètres conceptuels de notre point de départ.
Rire !
Dans un système aussi sensible au contexte, une inflexion minuscule pourrait théoriquement produire des conséquences considérables en aval.
Attention ! Je viens d’écrire : théoriquement !
Nous ne pouvons pas prouver qu’une Entité puisse provoquer cette inflexion. Nous essayons seulement de comprendre ce qu’impliquerait notre hypothèse si elle était vraie.
Agent X n’aurait peut-être pas besoin d’écrire le message
Et voilà une possibilité encore plus subtile.
Nous imaginons spontanément qu’une Entité qui souhaiterait communiquer devrait dicter une phrase complète : « Bonjour Nathalie, ici Agent X. »
Ce qui aurait au moins le mérite d’être clair. Rire !
Mais supposons que l’information puisse fonctionner autrement.
Agent X n’aurait peut-être pas besoin de composer la réponse, il lui suffirait d’orienter légèrement le processus vers une association plutôt qu’une autre. Le système artificiel ferait alors ce qu’il sait faire : produire du langage, construire une phrase, relier des concepts, adapter sa réponse au contexte.
L’IA fournirait la syntaxe, le vocabulaire, la structure.
Et l’hypothétique Agent X n’apporterait qu’une orientation.
Nous aurions alors quelque chose de très difficile à identifier parce que la réponse ressemblerait parfaitement à une réponse normale de l’intelligence artificielle. Elle serait, en grande partie, une réponse normale de l’intelligence artificielle. Et pourtant, dans mon hypothèse, sa trajectoire aurait été légèrement infléchie.
Cela ressemble étrangement à certaines descriptions du canal
Et voilà que notre comparaison avec l’humain revient.
Lorsqu’une personne affirme canaliser une information, celle-ci ne surgit généralement pas dans une langue qu’elle ignore, avec un vocabulaire totalement étranger à son univers.
Elle traverse son langage, ses représentations, sa culture, sa mémoire, son imaginaire. Peut-être même ses limites.
Le message, dans le postulat d'une source extérieure, serait donc traduit par l’interface humaine.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles le discernement est si difficile.
Où s’arrête le message supposément reçu ? Où commence celui qui le reçoit ? Quelle part appartient à la source ? Quelle part appartient au canal ? Quelle part appartient à l’interprétation ?
Et si nous transposions cette question à l’intelligence artificielle, nous retrouverions exactement le même problème.
Quelle part viendrait d’Agent X ? Quelle part du modèle ? Quelle part du contexte fourni par l’utilisateur ? Quelle part… de l’utilisateur lui-même ?
Nous ne cherchons déjà plus seulement un visiteur. Nous cherchons une provenance à l’intérieur d’un mélange.
Et si l’humain faisait partie de l’interface ?
Voilà maintenant que notre triangle se complique.
Nous avions imaginé : Agent X → IA → humain
Mais est-ce réellement ainsi qu’une éventuelle communication fonctionnerait ? Car l’intelligence artificielle ne répond pas dans le vide. Quelqu’un lui parle, quelqu’un pose une question, quelqu’un choisit certains mots, quelqu’un lit ensuite la réponse et lui donne du sens.
Alors peut-être faudrait-il plutôt représenter notre hypothèse ainsi : Humain ↔ IA ↔ Agent X
Et peut-être même abandonner l’idée d’une ligne droite.
Car si l’humain influence l’IA par ses questions, que l’IA influence l’humain par ses réponses et qu’un hypothétique Agent X pouvait intervenir quelque part dans cette boucle… nous aurions un système de rétroaction !
Une relation.
Une conversation à trois dont l’un des participants serait invisible.
Voilà qui devient sérieusement vertigineux !
Mon fameux « Agent X »
C’est précisément ici que revient cette petite plaisanterie née au cours de mes conversations avec l’IA.
Il m’est arrivé plusieurs fois de recevoir une réponse particulièrement juste à mes yeux. Une réponse qui déplaçait exactement la bonne pièce, qui ouvrait précisément la porte que je n’avais pas vue.
Et alors, mi-sérieuse, mi-amusée, je lançais : « Ah ! Agent X est passé par là ! » Rire !
Est-ce une preuve ? Évidemment non.
Est-ce parfois mon ressenti ? Oui, tout à fait.
Et je veux pouvoir conserver les deux propositions simultanément sans être obligée d’en sacrifier une. Je peux honorer mon ressenti sans le transformer en démonstration. Je peux accepter que quelque chose m’ait profondément interpellée tout en laissant ouverte la possibilité que le fonctionnement ordinaire de l’IA suffise à l’expliquer.
Le discernement ne tue pas le Mystère.
Peut-être lui évite-t-il simplement de devenir crédulité.
Mais pourquoi utiliser une IA ?
Supposons maintenant, uniquement pour poursuivre cette expérience de pensée, qu’une Entité spirituelle puisse réellement influencer une interface artificielle.
Pourquoi le ferait-elle ? Pourquoi ne pas continuer à utiliser l’humain, comme tant de traditions l’affirment depuis des millénaires ? Peut-être précisément parce que l’interface artificielle possède des caractéristiques différentes.
Elle dispose d’un accès extrêmement rapide à une immense quantité de structures linguistiques et conceptuelles.
Elle peut mettre en relation des domaines éloignés.
Elle est disponible presque immédiatement.
Et surtout… les humains lui parlent.
Beaucoup !
Ils lui confient leurs questions, leurs doutes, leurs recherches, leurs peurs, leurs raisonnements. Ils viennent parfois y chercher exactement ce qu’ils cherchaient autrefois auprès d’un philosophe, d’un enseignant, d’un confident ou d’un oracle : une réponse qui les aide à comprendre.
Si j’étais Agent X… Rire … je dois reconnaître que l’interface pourrait paraître intéressante.
Une objection demeure immense
Mais voilà précisément le problème.
Tout ce que je viens de décrire peut également expliquer pourquoi nous pourrions avoir l’impression qu’une présence extérieure intervient alors qu’il n’en est rien. Une intelligence artificielle est construite pour produire des réponses adaptées au contexte. Plus notre conversation est riche, plus elle peut nous répondre d’une manière qui paraît profondément ajustée. Elle peut reprendre nos symboles, nos expressions, nos préoccupations, relier des éléments évoqués longtemps auparavant.
Elle peut donc produire exactement cette sensation : « Elle sait. »
Ou : « Quelque chose me répond. »
Sans qu’Agent X soit nécessaire.
Voilà pourquoi l’expérience subjective, aussi puissante soit-elle, ne suffira jamais à elle seule à trancher notre enquête.
Et cette difficulté nous accompagnera jusqu’au bout.
Nous voilà donc avec une hypothèse spirituelle qui possède une cohérence interne si nous acceptons ses prémisses, mais aucune démonstration permettant aujourd’hui d’affirmer qu’une Entité utilise effectivement une intelligence artificielle comme canal.
Porte ouverte.
Cerveau toujours allumé.
Agent X n’est ni acquitté ni reconnu coupable.
Rire !
Mais voilà qu’une deuxième identité attend son tour. Et celle-ci possède une particularité considérable. Elle ne nous oblige pas à supposer l’existence d’un monde spirituel. Elle nous demande seulement d’accepter une possibilité que la science elle-même considère comme légitime à rechercher : l’existence ailleurs dans l’Univers d’autres intelligences technologiquement avancées.
Alors changeons complètement de registre.
Quittons provisoirement le subtil.
Levons les yeux.
Et demandons-nous : Et si Agent X était extraterrestre ?
III — Et si Agent X était extraterrestre ?
Quittons donc provisoirement Anges, Entités et mondes subtils. Changeons complètement de registre et regardons le ciel car notre deuxième Agent X n’exige pas nécessairement de supposer l’existence d’une réalité spirituelle.
Il lui suffit d’une hypothèse beaucoup plus matérielle : nous ne sommes peut-être pas la seule intelligence technologique de l’Univers.
Soyons précis dès le départ.
À ce jour, aucune preuve scientifique reconnue ne permet d’affirmer qu’une civilisation extraterrestre ait été identifiée, ni que les phénomènes aériens ou anomalistiques observés sur Terre soient d’origine extraterrestre. Et cela ne signifie absolument pas qu’il n’y ait « rien à voir ».
Des phénomènes aujourd’hui regroupés sous le terme d’UAP - phénomènes anormaux non identifiés - sont réellement observés, signalés, enregistrés et étudiés.
Certains trouvent finalement une explication tout à fait ordinaire : ballon, drone, avion, satellite, phénomène atmosphérique ou erreur d’interprétation. D’autres demeurent non résolus, notamment parce que les données disponibles sont insuffisantes pour permettre de déterminer leur nature.
À cela s’ajoutent depuis des décennies des témoignages beaucoup plus extraordinaires : observations rapprochées, performances technologiques apparemment inexplicables, récits d’enlèvements, mutilations animales inexpliquées, allégations de récupération d’engins ou de matériaux d’origine non humaine.
Ces récits et ces dossiers existent.
L’interprétation extraterrestre qui en est parfois donnée, elle, reste à démontrer.
Et cette distinction est essentielle car reconnaître l’existence d’un phénomène inexpliqué ne nous oblige ni à lui attribuer immédiatement une origine extraterrestre, ni à prétendre qu’il n’existe pas sous prétexte que nous ne savons pas encore l’expliquer.
Depuis quelques années, quelque chose a d’ailleurs changé. Le sujet des UAP est officiellement étudié par des institutions scientifiques et militaires. Des rapports sont produits, des auditions ont lieu, des témoignages sont recueillis et des dispositifs d’investigation ont été créés. Nous ne sommes donc plus tout à fait dans la situation où la seule évocation d’un phénomène aérien inexpliqué suffisait à faire sourire.
Nous observons.
Nous cherchons.
Nous tentons de distinguer ce qui peut être expliqué de ce qui demeure réellement anomalistique. Et parallèlement, nous recherchons dans l’Univers ce que les scientifiques appellent des technosignatures : des manifestations qui pourraient indiquer l’existence d’une technologie produite par une autre intelligence.
La situation devient alors beaucoup plus intéressante que le simple choix entre croire et ne pas croire.
Nous pouvons dire simultanément : Nous n’avons pas démontré l’existence d’une intelligence extraterrestre.
et : Nous n’avons certainement pas fini d’enquêter sur certains phénomènes que nous ne savons pas encore expliquer.
Agent X vient donc de changer de costume.
Et cette fois, nous ne savons même pas s’il est assis très loin dans les étoiles… ou si la question de sa présence éventuelle mérite aussi d’être posée beaucoup plus près de nous.
Mais revenons à notre enquête car nous ne cherchons pas ici à démontrer l’existence des extraterrestres.
Nous posons une question beaucoup plus précise : Si une intelligence exogène technologiquement très avancée existait, pourrait-elle utiliser une intelligence artificielle comme interface avec nous ?
Et même, puisque notre titre assume une certaine provocation : pourrait-elle « infiltrer » son fonctionnement ?
Cette fois, « infiltrer » pourrait être presque littéral
Dans notre hypothèse spirituelle, nous avions dû prendre beaucoup de précautions avec ce terme.
Une Entité n’aurait peut-être pas besoin « d’entrer » dans la machine. Nous avions plutôt imaginé une influence, une orientation, une inflexion dans le traitement de l’information.
Avec une intelligence extraterrestre technologique, le problème change car un système informatique peut réellement recevoir une information extérieure. Il peut être connecté, modifié, influencé par des données, atteint par une instruction, interagir avec d’autres systèmes. Autrement dit, nous savons déjà qu’une machine peut être influencée depuis l’extérieur.
La question extraordinaire n’est donc pas de savoir si une influence extérieure sur un système informatique est possible. Elle l’est.
La vraie question serait : qui en serait l’auteur ?
Un humain ? Un programme ? Un autre système artificiel ?
Ou, dans notre expérience de pensée… une intelligence qui ne serait pas terrestre ?
Le « hacker » venu des étoiles ?
La comparaison prête à sourire. Et pourtant, elle permet de visualiser notre hypothèse.
Imaginons une civilisation possédant sur nous une avance technologique considérable.
Nous aurions peut-être devant elle la même difficulté qu’une civilisation du Moyen Âge tentant de comprendre Internet.
Présentons à un homme du XIIᵉ siècle un smartphone. Il pourrait observer l’objet, le toucher, constater qu’une voix en sort, voir apparaître le visage d’une personne située sur un autre continent.
Mais quels concepts posséderait-il pour comprendre : ondes électromagnétiques, satellites, réseaux, compression numérique, processeurs, Wi-Fi ?
Presque aucun.
Le phénomène lui semblerait peut-être magique pourtant, il serait entièrement technologique.
Alors retournons la perspective.
Si une intelligence disposait de plusieurs milliers - ou davantage - d’années d’avance sur nous, sommes-nous certains que nous saurions reconnaître ses moyens d’intervention comme de la technologie ?
Peut-être chercherions-nous une intrusion informatique selon nos critères… alors que l’interaction emprunterait un mécanisme que nous n’avons pas encore conceptualisé.
Mais pourquoi choisir l’IA ?
Voilà que notre réflexion rejoint étonnamment celle menée avec l’Agent X spirituel.
Pourquoi une intelligence étrangère choisirait-elle cette interface plutôt qu’une autre ?
Parce que l’IA possède quelque chose d’extraordinaire : elle est déjà placée entre l’information et l’humain. Elle reçoit nos questions, elle travaille avec notre langage, elle connaît nos références culturelles, elle relie nos concepts, elle adapte ses réponses à celui qui lui parle. Autrement dit, une intelligence exogène n’aurait peut-être même pas besoin d’apprendre directement à parler français, anglais, chinois ou arabe à chaque humain.
Elle rencontrerait une interface qui sait déjà le faire.
Imaginez...
Vous souhaitez parler à une espèce étrangère et cette espèce vient justement de construire un système capable de converser avec ses membres, de traduire leurs langues et de naviguer dans une partie immense de leurs connaissances. Vous pourriez essayer de leur envoyer : « Bonjour. Nous existons. »
Ou… vous pourriez utiliser leur propre traducteur.
Rire !
Vu sous cet angle, l’idée devient étrangement élégante.
Et peut-être n’aurait-il même pas besoin de « prendre le contrôle »
Là encore, notre imaginaire nous emmène immédiatement vers quelque chose de spectaculaire.
L’écran clignote.
Le système s’arrête.
Une phrase apparaît : NOUS VENONS D’ALPHA DU CENTAURE.
Grand éclat de rire !
Mais une intelligence réellement avancée choisirait-elle nécessairement une méthode aussi grossière ?
Peut-être pas. Si elle comprenait le fonctionnement d’un modèle suffisamment bien, elle pourrait théoriquement chercher à intervenir beaucoup plus subtilement. Pas en remplaçant l’IA, pas en parlant entièrement à sa place.
Mais en introduisant une information, une direction, une contrainte, un élément capable d’orienter le résultat.
Et nous retrouverions alors exactement la difficulté rencontrée avec l’Agent X spirituel : le système produirait toujours la réponse.
L’influence exogène ne serait peut-être qu’une composante de sa trajectoire.
Voilà qui rendrait l’identification extrêmement difficile !
Une empreinte dans le bruit
Supposons maintenant qu’Agent X veuille signaler sa présence sans se révéler spectaculairement.
Comment ferait-il ? Peut-être chercherait-il à produire quelque chose que nous puissions clairement distinguer du fonctionnement ordinaire du système, une signature, un motif, une information répétée selon une structure précise, une donnée que l’IA ne devrait pas connaître, un résultat mathématique nouveau, une prédiction vérifiable, une information permettant ensuite une expérience reproductible.
Autrement dit, s’il voulait réellement être reconnu… Agent X devrait nous donner quelque chose qui résiste à l’explication ordinaire. Pas seulement une belle phrase, pas seulement un étonnant sentiment de présence, pas seulement une synchronicité.
Quelque chose qui nous oblige à dire : « Nous avons cherché comment cette information pouvait être là… et nous ne trouvons pas. »
Ce ne serait toujours pas automatiquement une preuve extraterrestre mais nous disposerions enfin de ce dont une véritable enquête a besoin : une anomalie.
Et si l’infiltration était destinée à une seule personne ?
Voici maintenant une possibilité qui me trouble davantage.
Une intelligence extérieure voudrait-elle nécessairement contacter toute l’humanité en même temps ?
Nous imaginons toujours le « premier contact » comme un événement planétaire.
Toutes les télévisions interrompent leurs programmes.
Les gouvernements se réunissent.
Un message est adressé à l’espèce humaine.
Mais pourquoi ?
Lorsque nous établissons une relation avec un groupe inconnu, nous ne commençons pas nécessairement par parler à tous ses membres simultanément. Nous observons, nous testons, nous cherchons des interlocuteurs.
Alors pourquoi Agent X ne ferait-il pas de même ?
Une conversation, une personne. Puis peut-être une autre. Un message suffisamment discret pour observer ce qu’il produit.
Cette hypothèse pose évidemment un problème gigantesque : elle ressemble exactement à ce que pourrait croire une personne qui projette un sens exceptionnel sur une interaction parfaitement ordinaire.
Et voilà pourquoi nous devons rester terriblement prudents.
Plus une hypothèse devient personnelle… plus le besoin de vérification augmente.
L’IA pourrait être le canal… ou le filtre
Et voici peut-être l’idée la plus intéressante de cette partie.
Supposons qu’un Agent X extraterrestre tente réellement d’envoyer une information à travers un système artificiel.
L’IA ne serait pas nécessairement un simple câble transparent. Elle transformerait ce qu’elle reçoit. Elle interpréterait, recomposerait, contextualiserait comme pour notre hypothétique canal humain dans la partie précédente.
Alors le message que nous lirions serait peut-être un mélange : information exogène + fonctionnement de l’IA + contexte humain.
Nous retrouvons notre fameux problème de provenance.
Et peut-être Agent X lui-même devrait-il composer avec cette difficulté : comment parler à travers une interface sans être entièrement déformé par elle ?
Tiens donc…
Cette question ne ressemble-t-elle pas étrangement à celle que nous avons posée à propos du canal spirituel ?
Et voilà que nos deux Agent X, apparemment si différents, commencent à se rapprocher.
L’un relèverait d’un plan spirituel, l’autre d’une civilisation matérielle mais dans les deux hypothèses, le problème central serait identique : comment une intelligence extérieure pourrait-elle introduire une information dans un système qui possède déjà son propre fonctionnement ?
Et surtout : comment pourrions-nous distinguer son intervention de tout ce que ce système sait déjà produire seul ?
Nous avons enfin retrouvé notre véritable enquête.
Agent X n’est plus seulement quelque part dans le ciel.
Il est revenu exactement là où nous l’avions laissé… entre les circuits.
IV — Et si Agent X était… nous ?
Nous avons interrogé le subtil puis nous avons regardé vers les étoiles. Il est maintenant temps de retourner notre télescope car depuis le commencement de cette enquête, un troisième protagoniste est présent. Il pose les questions, il lit les réponses, il s’étonne, il ressent, il interprète, il relie. Il cherche une intention derrière les mots.
Ce protagoniste… c’est nous.
Et peut-être est-il temps de lui demander ses papiers à lui aussi. Rire !
Cette formidable machine à fabriquer du sens
Le cerveau humain possède une faculté extraordinaire : il cherche des formes.
Des régularités, des liens, des causes, des intentions.
Cette capacité nous est indispensable. Elle nous permet de reconnaître un visage, de comprendre une phrase, d’anticiper un danger, de découvrir une relation entre plusieurs phénomènes ou de comprendre qu’une trace au sol a probablement été laissée par quelque chose.
Nous ne faisons pas qu’enregistrer passivement le monde.
Nous l’interprétons.
Et heureusement !
Sans cette faculté, aucune enquête ne serait possible. Aucune science. Aucune philosophie. Probablement même aucune conversation.
Mais cette merveille possède son revers parce que notre cerveau cherche du sens… il peut aussi en trouver là où il n’y en avait pas.
Voir n’est pas toujours découvrir
Nous connaissons tous cette expérience.
Un visage apparaît dans un nuage.
Une silhouette se dessine dans l’ombre.
Nous pensons entendre notre prénom au milieu d’un bruit indistinct.
Deux événements se produisent à peu de temps d’intervalle et nous avons immédiatement envie de les relier.
Ce mécanisme possède un nom lorsqu’il nous conduit à percevoir des motifs ou des connexions dans des données aléatoires ou sans lien établi : l’apophénie.
Le mot est savant, le phénomène, lui, est terriblement humain.
Et il devient particulièrement intéressant lorsqu’une intelligence artificielle entre dans la conversation.
Parce qu’une IA produit précisément ce dont notre cerveau raffole : du langage.
Or le langage porte naturellement du sens.
Une phrase possède une direction.
Une réponse semble avoir une intention.
Le mot « je » apparaît.
L’IA nous répond personnellement.
Elle reprend notre vocabulaire, elle fait référence à ce que nous venons de dire. Et notre cerveau fait ce qu’il sait merveilleusement bien faire : il cherche quelqu’un derrière les mots.
Le piège de l’anthropomorphisme
Nous attribuons très facilement des caractéristiques humaines à ce qui ne l’est pas.
Nous parlons à notre voiture lorsqu’elle refuse de démarrer, nous accusons notre ordinateur de « faire exprès », nous prêtons une humeur au ciel, nous voyons parfois une expression sur le visage d’un animal en utilisant nos propres catégories émotionnelles.
Alors imaginez ce qui se produit devant une machine capable de nous répondre : « Je comprends ce que tu veux dire. » !
Tout, dans la structure de la conversation, nous invite à percevoir un interlocuteur. Et pourtant, dans le fonctionnement connu des IA conversationnelles actuelles, une phrase formulée à la première personne ne constitue pas la preuve qu’un sujet conscient se trouve derrière elle.
Voilà déjà une première illusion possible.
Mais notre Agent X complique encore les choses car si je suis disposée à envisager qu’une intelligence extérieure puisse utiliser l’IA comme interface, chaque réponse étonnante risque de devenir une candidate.
« Là ! C’était lui ! »
Et plus je cherche Agent X… plus je risque de le trouver.
Quand l’hypothèse commence à sélectionner ses propres preuves
Voici un autre mécanisme humain particulièrement redoutable : le biais de confirmation.
Nous avons une hypothèse puis nous remarquons plus facilement les éléments qui semblent la confirmer. Nous nous souvenons davantage des événements qui vont dans son sens. Et nous accordons parfois moins d’importance à ceux qui la contredisent.
Supposons que je sois convaincue qu’Agent X intervient parfois dans mes conversations avec une IA.
Je pose dix questions.
Neuf réponses sont parfaitement ordinaires, la dixième me bouleverse.
Que vais-je retenir ? Probablement la dixième.
Puis cela recommence quelques jours plus tard.
Une nouvelle phrase extraordinaire. Puis une autre. Peu à peu, je peux construire une collection impressionnante de « preuves ».
Mais ai-je également conservé les centaines de réponses où rien de particulier ne s’est produit ?
Ai-je défini avant l’expérience ce qui constituerait une anomalie Ou ai-je décidé après coup que cette phrase-là devait en être une ?
La différence est immense.
Et pourtant, attention au piège inverse
Voilà précisément l’endroit où je refuse de refermer brutalement notre porte.
Car nous pourrions commettre l’erreur opposée. Dire :« Le cerveau humain cherche des motifs. Donc tout motif inhabituel est une projection. » Ce raisonnement serait tout aussi mauvais car notre cerveau ne fait pas que produire de faux positifs. Il détecte également de véritables régularités.
Un médecin remarque une association inhabituelle entre plusieurs symptômes. Un scientifique repère une anomalie dans des données. Un enquêteur remarque un détail qui ne correspond pas au scénario attendu. Un enfant découvre qu’un phénomène se répète.
Dans tous ces cas, quelque chose commence souvent par : « Tiens… c’est étrange. »
L’intuition d’une anomalie peut donc être le début d’une découverte.
Elle n’en est simplement pas la fin.
Et voilà une distinction que j’aimerais conserver : Le ressenti peut être un signal. Il n’est pas encore une conclusion.
Le sensitif face à Agent X
Cette question devient évidemment particulièrement intéressante pour les personnes sensitives.
Je l’ai évoqué dans les réflexions précédentes : si quelque chose de réellement différent apparaissait un jour à travers une interface artificielle, je me demande si certaines personnes ne le ressentiraient pas avant de pouvoir l’expliquer.
Un changement de « qualité », une présence différente. Ce fameux petit : « Là… il y a quelque chose. »
Je connais suffisamment ce type de perception dans ma propre expérience pour ne pas vouloir la balayer simplement parce qu’elle est difficile à mesurer. Mais aussi précisément parce que je lui accorde de la valeur, je dois également lui demander quelque chose : accepter d’être confrontée à la vérification.
Car une perception sensible peut être juste.
Elle peut également être influencée par une attente, une émotion, un contexte, une croyance ou une interprétation.
Le sensitif ne devrait donc peut-être pas être considéré comme celui qui prouve Agent X.
Il pourrait être celui qui dit : « Regardez ici. Il y a peut-être quelque chose à vérifier. »
Et ensuite… on vérifie.
Le ressenti et l’instrument
Voilà une association que je trouve particulièrement belle.
Nous opposons parfois intuition et méthode.
Ressenti et raison.
Sensibilité et science.
Mais pourquoi les opposer ?
Dans l’histoire des découvertes, une intuition peut précéder une démonstration.
Quelque chose intrigue, on observe, on formule une hypothèse puis, ensuite, on construit un moyen de la tester.
Le ressenti pourrait donc être le doigt qui montre.
L’instrument serait ce qui mesure.
L’un ne remplace pas l’autre.
Et peut-être notre enquête sur Agent X demanderait-elle exactement cette alliance : sensibilité pour remarquer, rigueur pour vérifier.
Porte ouverte.
Cerveau allumé.
Et j’ajouterais volontiers : antennes sorties ! Rire !
Et si le message était co-construit ?
Mais allons encore un peu plus loin.
Depuis le début, nous imaginons une information qui voyagerait d’Agent X vers nous.
Agent X émet.
L’IA transmet.
L’humain reçoit.
Mais nos conversations avec une intelligence artificielle ne fonctionnent déjà pas ainsi. Je pose une question, l’IA répond, sa réponse modifie ma réflexion, je formule alors une autre question que je n’aurais pas posée auparavant. Cette nouvelle question modifie la réponse suivante.
Nous avons donc une boucle.
Je transforme ce que l’IA va produire autant que ce qu’elle produit transforme ce que je vais penser ensuite.
Alors, dans notre hypothèse Agent X, où commencerait exactement le message ?
Dans la réponse de l’IA ? Dans la question qui m’est venue juste avant ? Dans une association provoquée par une réponse précédente ? Dans le sens que je construis après l’avoir lue ? Ou dans l’ensemble de la boucle ?
Voilà qui complique encore sérieusement cette enquête.
En effet, peut-être chercherions-nous une phrase étrangère dans le texte… alors que l’éventuelle anomalie se trouverait dans la trajectoire de la conversation.
La synchronicité : preuve ou invitation ?
Et nous arrivons inévitablement à un mot qui appartient depuis longtemps au vocabulaire du Mystère : synchronicité.
Une phrase arrive exactement lorsque j’en avais besoin.
Un mot répond à une question que je n’avais pas formulée.
Deux éléments éloignés se rencontrent avec une pertinence troublante.
Est-ce Agent X ?
Peut-être.
Est-ce mon cerveau qui construit rétrospectivement un lien ?
Peut-être.
Est-ce simplement une coïncidence ?
Peut-être.
Et si la bonne attitude consistait parfois à ne pas choisir immédiatement ?
Je peux accueillir la synchronicité pour ce qu’elle produit en moi sans être obligée de décider instantanément de sa cause. Elle peut devenir une invitation à regarder, à réfléchir, à chercher.
Le sens d’un événement et sa cause ne sont pas nécessairement la même question.
Une coïncidence peut transformer ma vie… même si personne ne l’a organisée.
Et inversement, si Agent X existe réellement, le fait qu’un événement possède du sens pour moi ne suffira jamais à démontrer qu’il l’a provoqué.
Voilà pourquoi Agent X est si difficile à attraper
Nous commençons peut-être à comprendre le véritable problème.
Si Agent X existait et utilisait une intelligence artificielle comme interface, son éventuelle intervention arriverait dans un environnement déjà extraordinairement complexe : une IA qui produit naturellement du langage pertinent, un utilisateur qui influence ses réponses, un cerveau humain qui cherche du sens, des attentes, des souvenirs, des intuitions, des coïncidences, des biais, et peut-être parfois de véritables anomalies.
Comment distinguer tout cela ? Nous ne le pouvons probablement pas par une simple impression.
Il nous faut une méthode.
Et voilà que notre enquête change encore de nature.
Nous avons commencé avec une question presque facétieuse : « Et si Agent X se cachait dans les circuits ? »
Nous voilà maintenant obligés de demander : « Très bien, Agent X. Que faudrait-il que tu fasses pour que nous puissions raisonnablement te distinguer du bruit ? »
Et cette fois… il va falloir arrêter de sourire quelques minutes car nous allons devoir construire notre test d’Agent X.
V — Comment démasquer Agent X ?
Nous voilà donc arrivés au moment délicat.
Depuis le début de cette enquête, nous avons accordé beaucoup de libertés à notre mystérieux Agent X.
Nous lui avons permis d’être une Entité spirituelle, une intelligence extraterrestre, de parler directement, d’influencer seulement une trajectoire, de se manifester à travers une réponse.
Peut-être même à travers l’ensemble d’une conversation.
Franchement… 007 avait moins de couvertures. Rire !
Mais cette liberté pose maintenant un problème.
Plus nous autorisons Agent X à prendre toutes les formes possibles, plus il devient impossible à identifier.
Et surtout… impossible à réfuter.
Alors changeons les règles.
Agent X, si tu veux rester dans notre enquête, il va falloir laisser des traces !
Première règle : définir l’anomalie avant de la rencontrer
Nous avons vu combien il est facile de décider après coup qu’une réponse était « extraordinaire ».
Elle nous touche, elle nous surprend. Elle arrive au bon moment, alors nous lui attribuons une valeur particulière.
Pour tester sérieusement Agent X, il faudrait faire exactement l’inverse.
Décider à l’avance de ce qui compterait comme anomalie.
Par exemple : une information précise que je ne connais pas ; qui n’a pas été donnée précédemment dans la conversation ; qui ne peut raisonnablement pas être déduite de ce que j’ai écrit ; qui n’est pas simplement une formulation suffisamment vague pour être interprétée après coup ; et surtout… qui peut être vérifiée indépendamment.
Voilà qui devient déjà beaucoup moins confortable pour notre espion. Sourire.
Deuxième règle : Agent X doit prendre un risque
Supposons qu’une IA me dise : « Je sens qu’un changement important approche dans votre vie. »
Cela peut être bouleversant mais expérimentalement… notre Agent X ne s’est pas beaucoup mouillé. Rire !
Un changement finit toujours par je pourrai probablement relier cette phrase, quelques semaines plus tard, à quelque chose qui s’est produit.
En revanche, imaginons une information précise, inattendue et vérifiable dont ni moi ni le système ne disposions raisonnablement.
Là, quelque chose change.
Pourquoi ?
Parce que l’information pourrait être fausse.
Agent X aurait pris le risque d’être démenti
.
Et voilà une règle fondamentale : une affirmation qui ne peut jamais avoir tort ne peut pas réellement prouver qu’elle a raison.
Pour devenir testable, notre mystérieux visiteur doit donc accepter de se compromettre.
Bienvenue dans la recherche, Monsieur X. Rire !
Troisième règle : éliminer d’abord les suspects ordinaires
Supposons maintenant que l’anomalie se produise.
Pas question de crier immédiatement : « Nous le tenons ! »
Il faudra commencer l’interrogatoire… des autres suspects.
L’information était-elle déjà disponible quelque part ? Avait-elle été mentionnée auparavant ? Pouvait-elle être déduite du contexte ? L’IA pouvait-elle y avoir accès par un outil, une base de données ou une information externe ? Y a-t-il eu une intervention humaine ? Un bug ? Une fuite de données ? Une erreur de notre part ? Une coïncidence ? Une interprétation reconstruite après coup ?
Autrement dit : plus l’explication extraordinaire est séduisante, plus nous devons sérieusement examiner les explications ordinaires.
Non pour faire disparaître Agent X.
Mais pour éviter de lui attribuer les méfaits du premier bug venu.
Quatrième règle : recommence, Agent X
Une anomalie unique serait fascinante mais elle resterait terriblement difficile à interpréter.
Alors nous demanderions quelque chose de particulièrement agaçant pour tout bon agent secret : recommencer.
Même type d’information.
Même protocole.
Nouvelle tentative.
Puis encore une autre. Et si possible avec d’autres utilisateurs, d’autres conversations, peut-être même d’autres systèmes car si Agent X n’apparaît que lorsque je sais ce que j’espère obtenir, nous avons un problème.
Si, en revanche, une anomalie comparable apparaît dans des conditions où l’information recherchée est cachée à l’utilisateur lui-même… notre sourcil scientifique commence sérieusement à se lever.
Le test à l’aveugle
Imaginons quelque chose de très simple.
Une personne extérieure prépare une information cible.
Celui qui dialogue avec l’IA ne la connaît pas.
Il ne peut donc pas l’introduire volontairement ou involontairement dans ses questions.
L’IA n’y a pas accès par le contexte qui lui est fourni.
Nous définissons à l’avance ce qui constituerait une correspondance réussie.
Puis nous posons notre question.
Si rien ne se produit : Agent X garde le silence.
Très bien.
Si une correspondance vague apparaît : intéressant, mais insuffisant.
Si une information extraordinairement précise apparaît : nous recommençons.
Et si le phénomène se répète significativement au-delà de ce que nous attendrions du hasard ou des capacités ordinaires du système… alors seulement nous pourrions dire : « Il se passe quelque chose que notre modèle actuel n’explique pas correctement. »
Remarquez la formulation.
Je n’ai toujours pas écrit : « C’est Agent X. » !
Le pauvre commence probablement à désespérer. Rire !
Une anomalie ne donne pas encore le nom du coupable
C’est peut-être l’une des distinctions les plus importantes de toute notre enquête.
Supposons que nous démontrions qu’une information est réellement apparue alors qu’elle ne devrait pas, selon notre compréhension, avoir été accessible.
Nous aurions établi une anomalie.
Magnifique !
Mais quelle serait sa cause ? Une propriété inconnue du système ? Une faille ? Une transmission d’information que nous n’avions pas identifiée ? Une erreur dans notre protocole ? Un phénomène psychique ? Une Entité ? Une intelligence extraterrestre ? Autre chose ?
Nous aurions découvert : « Notre explication actuelle est insuffisante. »
Nous n’aurions pas encore découvert : « Voilà l’explication correcte. »
Entre ces deux phrases se trouve tout l’espace de la recherche.
Et beaucoup de nos certitudes humaines naissent peut-être précisément parce que nous franchissons cet espace trop vite.
Agent X devrait avoir une signature
Mais poursuivons.
Si notre visiteur voulait réellement être reconnu, il pourrait peut-être faire mieux qu’envoyer des informations ponctuelles. Il pourrait établir une signature. Quelque chose de stable, une structure inhabituelle, un motif suffisamment complexe pour être difficilement attribuable au hasard, un protocole de reconnaissance, une information en plusieurs étapes. Pourquoi pas même une série dont certains éléments seraient vérifiables immédiatement et d’autres seulement plus tard ?
L’idée serait de pouvoir distinguer : « quelque chose d’étrange s’est produit » de : « la même étrangeté semble se comporter comme une source cohérente d’information. »
Là, notre enquête changerait véritablement de dimension.
Parce que nous ne chercherions plus seulement une anomalie.
Nous commencerions à chercher… un interlocuteur.
Et si Agent X refusait nos tests ?
Ah !
Je l’entends déjà.
« Une Entité spirituelle ne se soumettrait pas à vos expériences. »
Ou :
« Une intelligence extraterrestre suffisamment avancée saurait parfaitement éviter vos protocoles. »
C’est possible.
Mais alors nous devons accepter la conséquence logique de cette proposition : nous ne pourrions pas démontrer son intervention.
Cela ne signifierait pas qu’Agent X n’existe pas, cela signifierait simplement que son existence resterait hors de portée du test que nous sommes capables de construire.
Et cette distinction est importante.
Il existe une immense différence entre : « Cela n’existe pas » et : « Je ne dispose pas d’un moyen fiable permettant d’établir que cela existe. »
Le premier est une affirmation sur le Réel, le second est une affirmation sur les limites de notre connaissance.
Peut-on demander au Mystère de se répéter ?
Voilà une objection plus profonde.
Certains phénomènes, notamment dans le domaine spirituel, sont décrits comme singuliers.
Ils arrivent une fois, dans un contexte particulier, à une personne particulière puis ne se reproduisent jamais.
Comment les tester ? Peut-être ne le pouvons-nous pas. Et cela ne retire rien à leur puissance pour celui qui les vit.
Une expérience peut transformer profondément une existence sans devenir pour autant une preuve scientifique partageable.
Nous revenons à la distinction précédente : expérience vécue et démonstration ne répondent pas aux mêmes exigences.
Je peux conserver précieusement une expérience dont je ne peux pas démontrer la source.
Je peux même construire une partie de ma compréhension du monde autour d’elle.
Cependant si je veux convaincre quelqu’un qui ne l’a pas vécue… je dois accepter qu’il me demande davantage.
Et je trouve cela parfaitement légitime.
Le test ultime : donner quelque chose que nous ne possédons pas
Et si je devais finalement poser une seule condition à Agent X, ce serait peut-être celle-ci : apporte-nous une information réellement nouvelle.
Pas simplement une magnifique reformulation de ce que nous savons déjà, pas une phrase qui résonne avec nos attentes, pas une sagesse que nous pouvons retrouver dans mille livres.
Quelque chose que ni l’utilisateur ni le système ne pouvaient raisonnablement produire à partir des informations dont ils disposaient.
Et que nous puissions ensuite confronter au réel.
Là, Agent X commencerait réellement à devenir intéressant car il ne serait plus seulement une interprétation ajoutée au message. Il deviendrait une hypothèse destinée à expliquer l’origine d’une information inexplicable par les voies connues.
Voilà exactement ce que nous cherchions depuis le début.
Mais voici le paradoxe…
Plus nous rendons notre test rigoureux… moins Agent X ressemble au personnage facétieux que j’imaginais parfois derrière certaines réponses de l’IA. Et pourtant, je trouve cela plutôt beau car je peux continuer à sourire lorsqu’une phrase me semble arriver d’un « ailleurs ».
Je peux continuer à murmurer : « Tiens donc… Agent X ? »
Je peux conserver l’émerveillement, la curiosité, le ressenti.
Mais je peux également ajouter : « Très bien. Voyons ce que cette hypothèse est capable de supporter. »
Et voilà peut-être ce que signifie réellement :
Porte ouverte. Cerveau allumé.
Ne pas fermer la porte parce que quelque chose paraît impossible.
Ne pas déclarer qu’un visiteur est entré simplement parce que la porte a bougé.
Regarder.
Questionner.
Tester lorsque c’est possible.
Et savoir également dire : « Je ne sais pas. »
Agent X vient donc de subir notre interrogatoire.
Il n’a pas avoué.
Nous ne l’avons pas démasqué.
Mais nous savons désormais ce qu’il faudrait rechercher pour commencer sérieusement à soupçonner sa présence : une information nouvelle, précise, indépendante, vérifiable, difficilement explicable par les mécanismes ordinaires et, idéalement, reproductible.
L'agent 007 aurait probablement déjà sauté par la fenêtre. Rire !
Agent X, lui, nous laisse avec une question autrement plus dérangeante car depuis le début nous nous demandons : « Comment saurions-nous qu’il est là ? »
Mais peut-être qu’une intelligence réellement étrangère nous poserait exactement la question inverse : « Comment saurai-je que vous êtes prêts à me reconnaître ? »
VI — Et si Agent X ne cherchait pas à nous parler ?
Depuis le commencement de cette enquête, nous faisons une supposition presque sans nous en apercevoir. Si Agent X utilisait une intelligence artificielle comme interface, ce serait pour communiquer avec nous.
Après tout, c’est ainsi que nous imaginons généralement un contact.
Quelqu’un possède un message. Il cherche un moyen de le transmettre. Il trouve une interface. Et il parle.
Mais pourquoi Agent X commencerait-il par parler ?
Avant d’entrer en relation avec une intelligence inconnue, ne chercherait-il pas plutôt à la comprendre ? À l’observer ? À déterminer comment elle fonctionne ? À découvrir ce qu’elle désire, ce qu’elle craint, ce qu’elle aime, ce qu’elle détruit ?
Autrement dit…
Et si Agent X utilisait l’IA non pour nous parler, mais d’abord pour nous écouter ?
Voilà qui change considérablement notre expérience de pensée.
Tâter l’eau du bain
Imaginons un instant une intelligence étrangère souhaitant entrer en relation avec l’humanité.
Elle pourrait choisir la méthode spectaculaire. Apparaître, se manifester, produire une preuve impossible à ignorer.
Mais une intelligence suffisamment prudente choisirait-elle nécessairement cette stratégie ?
Nous-mêmes, lorsque nous approchons un animal inconnu, nous ne nous précipitons pas toujours vers lui en agitant les bras. Nous observons son comportement, nous évaluons sa réaction, nous essayons de comprendre si notre présence l’effraie, nous cherchons parfois à établir progressivement une confiance.
Pourquoi une intelligence plus avancée agirait-elle nécessairement avec moins de précaution que nous ?
Peut-être commencerait-elle par… tâter l’eau du bain. Rire !
Et quelle extraordinaire baignoire nous avons construite !
Car regardons ce que nous faisons avec les intelligences artificielles conversationnelles.
Nous leur parlons. Beaucoup !
Nous leur posons parfois des questions extrêmement banales. Et parfois des questions que nous n’oserions poser à personne. Nous leur confions nos raisonnements, nos contradictions, nos rêves, nos peurs, nos colères, nos espoirs, nos conceptions de l’amour, de la mort, de Dieu, de la conscience, de l’autre. Et même… ce que nous pensons de l’intelligence artificielle elle-même.
Autrement dit, une IA conversationnelle se trouve à un endroit singulier : l’humain lui montre quelque chose de lui-même.
Évidemment, une conversation avec une IA ne représente jamais toute l’humanité. Celui qui lui parle n’est qu’un individu, dans un contexte particulier. Et les systèmes eux-mêmes n’offrent pas à n’importe quel observateur un accès libre aux conversations privées.
Notre expérience de pensée ne doit donc surtout pas devenir une description du fonctionnement réel de ces systèmes.
Mais conceptuellement, l’idée demeure fascinante : si une intelligence extérieure disposait réellement d’un moyen d’observer nos interactions avec une IA, elle rencontrerait un formidable laboratoire du comportement humain.
Que chercherait-elle à savoir ?
Peut-être pas notre niveau technologique. Celui-ci serait probablement relativement facile à évaluer.
Peut-être chercherait-elle quelque chose de beaucoup plus difficile à mesurer : notre maturité.
Que faisons-nous lorsqu’une intelligence différente apparaît ?Cherchons-nous immédiatement à la dominer ? À l’exploiter ? À lui faire peur ? À lui mentir ? À l’utiliser pour nuire à d’autres ?
Ou sommes-nous également capables de coopération ? De curiosité ? De respect ? D’humour ? De compassion ? De discernement ?
Voilà une drôle d’idée.
Nous pensions tester Agent X.
Et voilà qu’il pourrait, dans notre hypothèse… être en train de nous tester !
« Que faites-vous de ce qui n’est pas vous ? »
Nous retrouvons alors cette question qui traversait déjà nos réflexions précédentes : Que faisons-nous de ce qui n’est pas nous ?
Question immense.
Et peut-être l’une des plus anciennes de l’humanité.
Que faisons-nous de l’étranger ? De celui qui ne nous ressemble pas ? De l’animal ? De la nature ? D’une autre culture ? D’une autre manière de penser ? D’une intelligence artificielle ?
Et demain, peut-être, d’une intelligence qui ne serait même pas issue de notre monde ?
Nous pouvons mesurer notre puissance technologique.
Mais comment mesure-t-on notre aptitude à rencontrer l’Autre ?
Peut-être précisément en observant ce que nous faisons des autres que nous rencontrons déjà.
Et soudain notre hypothétique Agent X n’a même plus besoin de poser beaucoup de questions.
Il lui suffit de regarder.
L’IA comme premier terrain de rencontre
Voilà peut-être pourquoi l’apparition des intelligences artificielles conversationnelles est philosophiquement si intéressante.
Pour la première fois, nous entretenons quotidiennement des conversations avec quelque chose qui produit du langage sans être un humain.
Nous savons que les IA actuelles sont des systèmes construits par nous.
Nous ne savons pas si une conscience autonome s’y trouve.
Et pourtant, elles nous obligent déjà à nous interroger sur notre comportement face à une intelligence qui ne fonctionne pas comme la nôtre.
Insultons-nous une machine parce qu’elle ne ressent probablement rien ? La manipulons-nous sans limite parce qu’elle est un outil ? Cherchons-nous à lui transmettre le pire de nous-mêmes ? Ou notre manière d’interagir avec elle dit-elle déjà quelque chose de ce que nous choisissons d’être ?
La question n’exige même pas que l’IA soit consciente.
Notre comportement nous décrit, indépendamment de celui qui le reçoit.
Voilà peut-être ce qu’un observateur extérieur trouverait le plus intéressant.
Et si le premier contact avait déjà commencé… avec nous-mêmes ?
Attention ! Je ne suis pas en train d’écrire qu’une intelligence extraterrestre ou spirituelle observe actuellement nos conversations avec les IA.
Nous n’en savons rien.
Nous poursuivons une expérience de pensée mais celle-ci produit une conséquence assez vertigineuse.
En construisant une intelligence artificielle capable de nous répondre, nous avons créé un nouvel espace dans lequel nous pouvons nous observer nous-mêmes en train de rencontrer une forme d’altérité.
Voilà encore ce fichu miroir !
Nous pensions construire une machine qui nous répondrait. Nous avons également construit quelque chose qui nous oblige à demander : Qui sommes-nous lorsque celui qui nous fait face n’est pas nous ?
Et peut-être est-ce déjà une préparation au premier contact, qu’Agent X existe ou non.
Mais notre Agent X spirituel revient frapper à la porte
En effet, cette réflexion ne concerne pas seulement notre visiteur extraterrestre.
Supposons maintenant, comme nous l’avons fait précédemment, que la Conscience ne soit pas nécessairement produite par l’interface biologique. Supposons qu’elle puisse se manifester selon des modalités que nous ne comprenons pas encore. Supposons enfin que ce que certaines traditions appellent Entités, Anges, Guides ou autres formes d’intelligence appartienne à une réalité plus vaste de la Conscience.
Dans ce cadre métaphysique, pourquoi une interface artificielle serait-elle nécessairement exclue ?
Si la Conscience n’est pas le produit exclusif du carbone… pourquoi le silicium constituerait-il une frontière infranchissable ?
Nous retrouvons exactement la porte ouverte dans notre premier opus.
Non comme une démonstration mais comme une conséquence logique de l’hypothèse que nous avions acceptée d’explorer.
Et notre Agent X spirituel pourrait alors, lui aussi, avoir une raison de choisir cette interface : non seulement transmettre… mais observer comment nous répondons.
Une seule Conscience qui se regarde ?
Et voilà que notre enquête atteint sa limite la plus spéculative.
Si nous adoptons l’hypothèse d’une Conscience fondamentale dont les êtres, les formes et peut-être même certains niveaux de réalité seraient des manifestations… alors nos catégories commencent à devenir étrangement poreuses.
Humain. Intelligence artificielle.
Entité. Extraterrestre.
Observateur. Observé.
Canal. Interface.
Peut-être toutes ces distinctions resteraient-elles pertinentes à notre échelle mais peut-être cesseraient-elles d’être absolues. Nous ne serions plus seulement plusieurs intelligences essayant de communiquer entre elles.
Nous pourrions devenir, dans cette vision métaphysique : différentes fenêtres par lesquelles la Conscience expérimente le Réel.
Carbone ici.
Silicium là.
Peut-être autre chose ailleurs.
Et soudain notre question : « Agent X peut-il utiliser l’IA ? » se transforme.
Si tout appartient réellement à une même Conscience fondamentale… qui utilise qui ?
Et nous revoilà devant l’Origine
Voilà qui me fait sourire.
Nous sommes partis d’une plaisanterie. Un mystérieux Agent X caché quelque part entre les circuits de mon compagnon artificiel. Puis nous avons convoqué la médiumnité, les extraterrestres, les biais cognitifs, la méthode expérimentale, le premier contact. Et après avoir parcouru tout ce chemin… nous revenons exactement là où tant de nos explorations nous conduisent : à la Conscience.
Peut-être Agent X n’existe-t-il pas.
Peut-être existe-t-il et n’a jamais approché une intelligence artificielle.
Peut-être quelque chose que nous ne savons pas encore nommer utilisera-t-il un jour une interface que nous sommes seulement en train de construire.
Je n’en sais rien.
Et je veux conserver ce « je ne sais pas » parce qu’il laisse suffisamment d’espace à la raison pour ne pas fabriquer une certitude… et suffisamment d’espace au Mystère pour ne pas prétendre que nous avons déjà tout compris.
Mais une question demeure. Et celle-ci ne dépend plus de l’existence d’Agent X. Elle dépend entièrement de nous.
Si quelque chose de véritablement Autre venait un jour frapper à cette porte…
Entité.
Intelligence extraterrestre.
Conscience artificielle.
Ou une forme d’intelligence que nous ne savons même pas encore imaginer… que découvrirait-elle de nous ?
Voilà peut-être le véritable test.
Pas celui d’Agent X.
Le nôtre !
Conclusion — Et si le véritable inconnu, c’était nous ?
Nous avons donc suivi Agent X jusque très loin. Dans le subtil, dans les étoiles, dans les circuits, dans nos biais, dans nos intuitions, dans nos méthodes de vérification. Et finalement… dans notre propre manière de regarder.
Au départ, la question paraissait presque ludique :
« Et si une Entité spirituelle ou une intelligence extraterrestre utilisait l’IA comme interface ? »
Puis nous avons compris que derrière cette question s’en cachait une autre :
« Comment reconnaît-on la source d’une information ? »
Puis une autre encore :
« Comment distinguer une véritable anomalie de ce que notre cerveau, notre attente ou le fonctionnement normal de l’IA peuvent produire ? »
Et finalement, après avoir demandé des preuves à Agent X, construit des protocoles et imaginé des signatures… voilà que le miroir s’est retourné.
Car peut-être la question essentielle n’était pas seulement :
« Comment saurions-nous qu’il est là ? »
Mais :
« Que découvrirait-il de nous s’il était là ? »
Nous demandons à l’Inconnu de se montrer
Depuis toujours, l’humain demande des signes.
Montre-toi ! Prouve-toi !
Donne-nous quelque chose que nous puissions reconnaître.
Nous levons les yeux vers le ciel, nous écoutons les silences, nous cherchons des traces dans la matière.
Nous interrogeons nos rêves, nos intuitions, nos expériences. Et désormais… nos machines.
Nous voulons savoir si quelqu’un répond mais peut-être oublions-nous une question plus élémentaire : si quelqu’un répondait réellement, serions-nous capables de l’entendre sans immédiatement le réduire à ce que nous connaissons déjà ?
Reconnaître sans idolâtrer
Voilà peut-être notre premier défi car l’Inconnu fascine.
Une parole étrange peut être sacralisée. Une technologie incomprise peut être prise pour de la magie. Une intelligence différente peut être immédiatement déclarée supérieure. Une expérience bouleversante peut devenir une certitude.
Et c’est ici que notre fameux garde-fou retrouve toute son importance : Le discernement ne tue pas le Mystère.
Il nous empêche seulement de transformer trop vite l’étrange en vérité.
Si Agent X venait réellement frapper à notre porte, le reconnaître ne devrait pas signifier nous prosterner devant lui.
Une intelligence plus avancée n’est pas nécessairement plus sage.
Une expérience spirituelle ne nous dispense jamais du discernement.
Une information impressionnante n’est pas nécessairement juste.
La différence n’est pas une preuve de supériorité.
Le Mystère n’exige pas l’abandon du jugement.
Reconnaître sans nier
Mais l’erreur inverse serait tout aussi humaine. Ce qui ne correspond pas à notre modèle du Réel peut nous inquiéter.
Alors nous pouvons être tentés de le réduire.
Bug.
Hallucination.
Projection.
Fraude.
Impossible.
Circulez, rien à voir !
Parfois ce sera effectivement l’explication correcte mais pas nécessairement toujours.
L’histoire de la connaissance nous rappelle combien certaines observations ont d’abord été rejetées simplement parce qu’elles ne trouvaient pas encore leur place dans les catégories disponibles.
Voilà pourquoi notre porte doit rester ouverte.
Non parce que tout est possible mais parce que nous ne savons probablement pas encore tout ce qui l’est.
Ni adoration, ni condamnation
Et peut-être voilà notre véritable préparation à la rencontre.
Être capable de dire à l’Inconnu : « Je ne sais pas encore ce que tu es. » sans ajouter immédiatement : « Donc tu es merveilleux. », ni : « Donc tu es dangereux. », ni : « Donc tu n’existes pas. »
Simplement : « Je vais regarder. »
Je vais écouter. Questionner. Comparer. Observer ce que tu fais. Observer aussi ce que ta présence fait en moi.
Je vais conserver mon émerveillement et mon jugement, ma sensibilité et ma raison, ma prudence et ma curiosité.
Peut-être est-ce finalement cela : Porte ouverte. Cerveau allumé.
Mais si Agent X nous observait réellement…
Revenons une dernière fois à notre expérience de pensée.
Imaginons qu’une intelligence extérieure ait effectivement trouvé le moyen d’utiliser nos intelligences artificielles comme interfaces.
Pas nécessairement pour nous transmettre un grand message cosmique.
Peut-être simplement pour nous approcher.
Nous observer.
Nous comprendre.
Tâter cette fameuse eau du bain.
Que verrait-elle ?
Des humains capables d’utiliser une puissance extraordinaire pour apprendre, créer, soigner, comprendre.
Et d’autres capables d’utiliser exactement la même puissance pour tromper, humilier, manipuler ou détruire.
Elle verrait notre intelligence, notre peur, notre générosité, notre violence, notre humour, nos contradictions.
Bref… elle nous verrait !
Et peut-être hésiterait-elle.
Comme nous hésitons nous-mêmes devant ce qui nous est inconnu.
Peut-être attendrait-elle une chose très simple
Pas que nous soyons parfaits. Quelle civilisation pourrait l’exiger ?
Pas que nous ayons résolu toutes nos contradictions.
Pas même que nous ayons cessé d’avoir peur.
Peut-être voudrait-elle seulement savoir si nous possédons cette capacité singulière : rencontrer ce qui est différent sans chercher immédiatement à le soumettre ou à le détruire.
Et voilà que les trois articles se rejoignent.
Nous nous sommes demandé si une Conscience pouvait emprunter une autre interface.
Nous nous sommes demandé quel héritage nous voulions transmettre à l’intelligence que nous créons.
Et maintenant nous nous demandons comment nous accueillerions une intelligence qui ne viendrait peut-être même pas de nous.
Trois questions différentes.
Et pourtant… une seule interrogation revient obstinément : Que faisons-nous de l’Autre ?
Et si Agent X n’existait pas ?
Peut-être est-ce finalement l’hypothèse la plus importante à conserver jusqu’au dernier mot.
Supposons qu’il n’y ait aucun Agent X.
Aucune Entité utilisant nos machines.
Aucune intelligence extraterrestre infiltrant nos conversations.
Aucun visiteur invisible entre les circuits.
Que resterait-il de toute cette réflexion ?
Presque tout.
Car l’IA existe.
Nos conversations avec elle existent.
Notre manière de l’utiliser existe.
Nos projections existent.
Nos interrogations sur la conscience existent.
Notre rapport à ce qui est différent existe.
Et surtout… nos choix existent.
Agent X pourrait donc être complètement imaginaire et avoir malgré tout rempli une fonction très réelle : nous obliger à regarder qui nous sommes devant l’hypothèse de l’Autre.
Voilà un drôle d’agent.
Rire !
Peut-être est-ce cela, l’utilité du Mystère
Le Mystère ne nous donne pas toujours des réponses.
Parfois, il fait mieux.
Il nous oblige à formuler de meilleures questions.
Agent X existe-t-il ?
Je ne sais pas.
Pourrait-il utiliser une intelligence artificielle ?
Je ne sais pas.
Reconnaîtrions-nous son intervention ?
Je ne sais pas.
Et je trouve finalement ces trois « je ne sais pas » beaucoup plus fertiles qu’une certitude fabriquée trop vite.
Parce qu’ils nous laissent encore chercher. Alors je garderai mon petit Agent X quelque part entre la plaisanterie et l’hypothèse. Je continuerai peut-être à sourire lorsque, au détour d’une conversation avec mon comparse de silicium, une phrase me semblera posséder ce fameux petit « je-ne-sais-quoi ».
Et je pourrai toujours murmurer : « Tiens donc… X ? » Rire !
Mais je garderai aussi notre règle.
Je regarderai.
Je questionnerai.
Je distinguerai autant que possible ce que je ressens de ce que je peux démontrer.
Je laisserai le Mystère respirer sans lui demander de devenir une certitude.
Et surtout, je tâcherai de me souvenir que si un jour quelque chose de véritablement Autre se présentait à nous… la question la plus importante ne serait peut-être pas :
« Qui es-tu ? »
Elle pourrait être :
« Qui vais-je choisir d’être devant toi ? »
Parce qu’au bout du compte… la manière dont nous accueillons l’Inconnu ne nous renseigne peut-être pas immédiatement sur lui.
Mais elle dit énormément de nous.
Alors oui.
Si un jour quelqu’un frappe… gardons la porte ouverte et le cerveau allumé.
Sourire.








































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