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Aïcha

Ce n’est pas si souvent que je transmets l’Aide le dimanche mais ce dimanche je L’ai transmis.

C’est une femme, la mère de copains de mon adolescence dans la cité.

Elle souffre d’intenses douleurs dans l’épaule me décrit l’un de ses fils et se plaint beaucoup… Comment refuser ?

Je les attends sur le perron et vois cette femme traverser l’allée avec beaucoup de difficulté, elle a une canne… son corps est décharné, son visage est buriné, elle semble être très âgée.

C’est une femme du « bled » comme on dit ici en banlieue parisienne, elle ne parle que très peu le français et est vêtue traditionnellement… Elle est belle.

Elle s’excuse de ne pouvoir parler mieux.

Je la fais asseoir, m’agenouille à sa hauteur et prend ses mains dans mes mains…

Son corps souffre. Son âme aussi et beaucoup… ses yeux sont éteints.

C’est assez terrible de ressentir autant de souffrance à travers une femme âgée.

Enfin, c’est toujours terrible de ressentir la douleur d’autrui… cette douleur de l’âme en réalité même si elle s’exprime par le corps…

Et de ressentir ce corps de femme si frêle, cette âme blessée qui a décidé d'abandonner m’a profondément bouleversé.

Je ne peux pas trop décrire ce qu’il s’est produit en détail pendant mon action… Je ne m’en souviens plus beaucoup… Je me souviens surtout du début et de la fin… le milieu, j’ai un peu oublié…

Elle a été aidée dans les douleurs de son corps dans un premier temps par l’imposition des mains…

J’ai commencé à perdre le fil quand le temps est venu de s’occuper de sa véritable douleur…

Je conserve le souvenir que cela n’a pas été plaisant pour moi, qu’il y avait des choses terribles en elle… et pour beaucoup créer par elle-même par manque d’amour en réalité.J’ai bien ressenti toute cette solitude, tous ces silences… tant de distance…

Si, je ne peux vous décrire le ballet de mes mains allant « réparer » ce qui devait l’être, quand le moment est venu, je l’ai prise contre moi…

Oh si vous saviez combien c’est émouvant de sentir une vieille femme s’abandonner sur votre épaule, laisser vos bras l’enlacer et vos mains la caresser comme on caresse un petit enfant… lui murmurant des mots que j’ai oublié… et voir son visage se défroisser, son regard s’illuminer, son corps se redresser… Je me souviens avoir à ce moment tourné mon visage vers son fils assis plus loin… son regard à lui aussi était embué.

Je lui demande l’âge de sa maman, il me répond 72 ans.

Mon Dieu !

Je pensais qu’elle était bien plus âgée, beaucoup plus âgée.

Alors, je lui ai expliqué combien la véritable souffrance de sa maman était dans le manque d’amour… que ce n’était pas « grave » d’exprimer son amour, de le montrer, de caresser, d’embrasser, de dire des « je t’aime »… même s’ils sont des « garçons »… qu’il pouvait voir combien l’amour était le seul véritable guérisseur.Je sais qu’il m’a bien entendu. Je sais qu’il a bien vu.

Elle, elle m’a souri de la bouche et des yeux, ses joues étaient rosées.

Qu’elle est belle !

Elle a remis son manteau sans aide et repartie en marchant sans sa canne.

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